Île de la Jatte

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« Île » était une fois… les ginguettes

Qui peut imaginer de nos jours que l’île de la Jatte fut un haut lieu des guinguettes au début du siècle dernier, à l’époque où la jeune commune de Levallois se développait et désirait offrir des lieux de loisirs à ses habitants ? Une époque où l’île était avant tout un lieu d’amusement.

Véritable symbole de la culture des bords de Marne mais aus- si de la Seine, les guinguettes ont longtemps constitué un élément important de la vie levalloisienne. L’histoire de ces établissements est étroitement liée au développement de la commune et à l’augmentation de sa population, à l’origine principalement ouvrière. Tout d’abord, un peu d’étymologie. Guin- guette vient du mot guinguet, du nom d’un vin blanc aigrelet produit dans la région parisienne.
Le dictionnaire universel du commerce donne cette définition : “Nom nouvellement inventé qu’on donne à ces petits cabarets établis aux environs de Paris au-delà des barrières, où le menu peuple va en foule se divertir le dimanche et les fêtes (…)”
Les guinguettes sont des lieux où l’on peut manger, danser, se détendre, voire même se baigner et pécher.

GUINGUETTES HORS TAXES

Elles se développent à la fin du XVIIe siècle. Elles apparaissent dans les hameaux et villages qui entourent le Paris d’alors, comme Belleville, Ménilmontant et Montmartre…

Il faut rappeler que jusqu’au XVIIIe siècle, le vignoble francilien était le plus vaste de France. À cette époque, la Ville de Paris ne dispose pas de la superficie actuelle. Elle est murée par l’enceinte dite des Fermiers généraux, du nom des percepteurs d’impôts.
Cette ceinture constitue une barrière de péages composée de 57 portes d’entrée. C’est donc notamment pour des raisons fiscales que ces établissements se situent en périphérie de la capitale, afin d’échapper à cette fameuse taxe. Mais, vers 1860, Napoléon III décide d’agrandir Paris en annexant ces territoires. Paris double sa superficie et les guinguettes ferment pour se relocaliser au-delà de ce qui deviendra les fortifs (les fortifications de Thiers).

BATEAUX PASSEURS

Cette situation sera bénéfique pour le développement de la nouvelle commune de Levallois-Perret qui s’industrialise. Les Parisiens, eux, disposent de transport de proximité pour se rendre le dimanche à Levallois. Par ailleurs, une partie des premiers Levalloisiens ont un lien avec le négoce ou le commerce de vin, à l’image du fondateur de la commune, un certain Nicolas Levallois.
Cet ensemble aboutit à l’installation de guinguettes au bord de la Seine.
Sur l’île de la Jatte, ces établissements étaient situés sur le petit bras de la Seine, plus calme que l’autre, face à Levallois. L’accès pouvait se faire par des bacs, c’est-à-dire de petites embarcations qui relient une berge à l’autre via un ponton. Pour appeler ces petits bateaux passeurs, il suffisait de sonner la cloche, ce qui offrait un dépaysement total.
Les établissements se multiplient avec des dénominations aussi diverses que Le Petit Poucet (qui existe toujours) L’Artilleur, Le Petit Trianon ou Le Moulin Rouge, chacun d’eux ayant sa propre histoire.

Sur un plan architectural, ces estaminets sont sans style propre. En mars 1895, le journal L’Illustration décrit ainsi l’une de ces guinguettes : “L’établissement du Moulin Rouge est une vulgaire maison carrée à laquelle on a adjoint, disséminées au milieu des arbres, de légères constructions, salles de concert et de bal, tonnelles… Un arc de triomphe monumental est l’entrée obligée de cette guinguette (…) la salle de bal mesure environ 25 mètres de long”. Mais les dimanches et jours de fête, ce sont aussi des lieux fréquentés par des malfrats parmi lesquels les célèbres Apaches. Cette dénomination est due aux journalistes Arthur Dupin et Victor Morris en 1902 pour désigner des jeunes truands et voyous qui se différenciaient des malfrats notamment par leur volonté de s’afficher dans les guinguettes.

Le 7 août 1905, les autorités de police procèdent à une arrestation de grande envergure sur l’île de la Jatte. L’insularité relative de l’île et son éloignement donnent lieu à de célèbres duels parfois tragiques comme celui entre le marquis de Morès et le capitaine Mayer (1892) ou entre le critique Adolphe Brisson et l’écrivain Emmanuel Arène (1907). Mais il existe aussi des histoires heureuses, comme le souvenir de la petite fille du premier propriétaire du Petit Poucet, qui aime à raconter qu’en 1910 Jean Mermoz, célèbre aviateur, fréquentait avec son épouse l’établissement de son père.
Avec l’urbanisation tardive de l’île de la Jatte, les guinguettes sont apparues comme un îlot de loisirs dans cet environ- nement industriel. Mais avec la Première guerre mondiale, la physionomie de l’île se transforme. Les ateliers et les usines vont faire disparaître le caractère bucolique de l’île de Jatte jusque dans les années 1980, où, après leur fermeture, la Municipalité de Patrick Balkany décide d’y réaliser un grand parc pour l’agrément des Levalloisiens.

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A propos de l'auteur

La Rédaction d'Info Levallois exerce au sein de la Direction de la Communication de la Ville de Levallois. Toute l'équipe a un seul objectif, vous informer tout au long de l'année de l'actualité levalloisienne, et ce, dans tous les domaines.

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