MÉMOIRES – LES 30 ANS DU COMBAT RAMIREZ / WHITAKER

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Et Levallois entra dans l’arène ! 

Le 12 mars 1988, Levallois devenait, le temps d’une soirée, capitale mondiale de la boxe en organisant son premier championnat du monde WBC entre Pernell Whitaker et Jose Luis Ramirez. Un combat au retentissement planétaire puisqu’il était retransmis en mondovision dans une vingtaine de pays. Souvenirs avec l’instigateur de la soirée, le Maire Patrick Balkany.

Propos recueillis par Maxime Douté

Info Levallois : Monsieur le Maire, votre passion pour la boxe a été le facteur déclencheur de cette grande soirée. D’où vous vient-elle ?
Patrick Balkany : Avant la guerre, mon père boxait pour l’équipe de Hongrie, en même temps que le champion olympique László Papp. Grâce à lui, j’ai donc baigné dans le noble art depuis mon plus jeune âge. J’ai assisté au dernier gala de boxe organisé au Vel d’Hiv avec lui, puis tous les lundis, il m’emmenait au Palais des Sports, Porte de Versailles. Nous avions deux places au premier rang. Il connaissait tous les boxeurs et tous les boxeurs le connaissaient. C’est le promoteur Charley Michaëlis qui gérait tout cela. Moi, je faisais du hockey sur gazon au Racing avec ses fils.

Quels combats vous ont marqué particulièrement ?
J’ai vu beaucoup de combats, des bons et des moins bons. Je pense connaître assez bien la boxe. Affectivement, les duels entre Jean-Claude Bouttier et Carlos Monzon sont uniques. J’ai vu les deux, en 1972, à Colombes et en 1973, à Roland-Garros. Indirectement, je dois beaucoup à la boxe et à Monzon, car, lors de son championnat du monde WBA, contre Gratien Tonna, à Paris, un ami me demande une place pour inviter l’une de ses amies. Il se trouve que son amie, je l’ai épousée trois mois plus tard car c’était Isabelle !

Comment est née l’idée de ce championnat du monde Ramirez-Whitaker ?
Depuis notre élection à la Mairie en 1983, je souhaitais organiser une immense soirée boxe. J’ai fait appel aux plus grands matchmakers de l’époque, les frères Acariès. Dans leur écurie, ils avaient les meilleurs boxeurs du monde, dont Jose  Luis Ramirez, champion du monde WBC des légers. Face à lui, ils ont mis une étoile montante, invaincue jusque-là, l’Américain Pernell Whitaker. Pour ce qui est de la logistique, nous avons fait venir un chapiteau d’Allemagne, une structure unique en Europe. Mon épouse Isabelle a pris en main l’événement. Les bénévoles étaient nombreux. Tout le monde a adhéré au projet et voulait réussir ce pari un peu fou. Un énorme faisceau de lumière laser a été mis en place. Il éclairait le ciel un peu à la manière de la Tour Eiffel. Au final, nous en avons fait une soirée de gala très parisienne. Le Tout-Paris était là. Je me souviens de Charles Pasqua, alors Ministre de l’Intérieur, Jean-Paul Belmondo, Richard Anconina, Line Renaud…

Le Maire Patrick Balkany aux côtés de Jose Luis Ramirez, qui a conservé sa ceinture mondiale WBC.

Richard Anconina et Jean-Paul Belmondo étaient venus assister à ce championnat du monde.

Avec, en apothéose, un combat incroyable…
Certainement le plus beau que j’ai vu dans ma vie dans l’intensité et la rapidité. Il était retransmis sur Canal + en direct, sur TF1 en léger différé, sur ABC aux États-Unis et dans plus de vingt pays en mondovision. C’est à dire un milliard et demi de téléspectateurs potentiels. Si l’événement était hors norme, le combat le fut tout autant avec deux boxeurs extraordinaires. Ramirez et Whitaker se rendaient coup pour coup. À ma grande surprise et à celle de beaucoup d’observateurs, Ramirez s’est imposé aux points. Je crois que les Acariès n’avaient pas envie de voir leur champion perdre à Paris (rires) . Mais, l’Histoire rendra justice à Whitaker, qui deviendra champion du monde par la suite et connaîtra une carrière exceptionnelle. C’était vraiment de l’or en barre ce boxeur. En tout cas, ce combat m’aura donné envie de construire Marcel-Cerdan, où nous organiserons plus de vingt championnats du monde et des combats incroyables. À un moment, nous étions simultanément sous contrat avec TF1 et Canal + pour l’élaboration d’une quinzaine de soirées par an. De quoi faire entrer définitivement Levallois dans le patrimoine mondial de la boxe !

LE COMBAT !

Pernell Whitaker et Jose Luis Ramirez.

Avant ce 12 mars 1988, Jose Luis Ramirez, 29 ans, comptait 106 combats pour 101 victoires et 5 défaites. Redevenu champion du monde WBC des légers en 1987, il remettait en jeu sa ceinture pour la deuxième fois. Quant à l’Américain Pernell Whitaker, 24 ans, champion olympique en 1984, il avait seulement disputé 15 combats pour autant de victoires. Ce dernier débute très fort le combat, en touchant plus nettement le Mexicain. Léger, mobile, ses esquives donnent le rythme d’une danse qu’il guide à sa guise. Il domine ainsi les 5 premiers rounds. Avec la fatigue et les rounds qui défilent, Whitaker perd un peu de mobilité, s’accroche davantage, mais ne sera jamais inquiété par Ramirez. Pourtant, au terme des 12 reprises, le Mexicain s’impose sur une décision très contestée des juges (116-115, 118-113, 113-117), provoquant l’ire du clan Whitaker.  Un an plus tard, l’Américain prendra sa revanche sur Ramirez, qui venait de s’incliner face à son compatriote et ami Julio Cesar Chavez lorsde l’unification des ceintures WBA-WBC. Multiple champion du monde de 1989 à 1997, dans plusieurs catégories, Whitaker fera son entrée à l’International Boxing Hall of Fame en 2007. Pernell Whitaker et Jose Luis Ramirez.

 

ILS Y ÉTAIENT !

Jean-Pierre Aubry, ancien Directeur adjoint du Service des Sports
Ce championnat du monde est une première pour moi ! J’ai alors 26 ans. Les locomotives sont le Maire, Isabelle Balkany, alors directeur de la Communication et Jean-Pierre Bastide, Premier Adjoint délégué au Sport. Je découvre aussi Isabelle qui met le paquet pour imaginer la prestigieuse soirée. Deux filles du Crazy Horse seront les ring girls. Des gants de boxe estampillés pour l’occasion et des chapeaux sont offerts aux VIP. Nous innovons dans le domaine ! C’est aussi une première collaboration avec Canal +. Je pense sincèrement que ce fut le plus beau combat organisé en France dans les années 80. Par la suite, nous avons organisé plus de vingt championnats du monde. Mais, avec le Palais des sports Marcel-Cerdan, nous avions les infrastructures. Il faut se remettre dans le contexte, nous partions de rien. Il fallait tout édifier sur le stade (NDLR : aujourd’hui complexe Louison- Bobet). J’en garde des souvenirs extraordinaires, avec un vrai combat de boxe. Je me souviens que le Maire avait vu Whitaker vainqueur alors que Charles Pasqua, plutôt Ramirez !

Jean-Pierre Bastide, Premier Adjoint chargé des Sports
C’est un ensemble qui m’a un peu effrayé au début. Cela me paraissait un peu démesuré. Les quinze derniers jours, tous les services de la Ville étaient sur le pont. Tous les collaborateurs ont été incroyables et l’événement une grande réussite. C’était notre premier mandat, rien ne nous faisait peur. Il y avait une dynamique, une envie collective pour réussir ce pari. Il n’y avait rien sur ce stade de football. La structure autoportée qui a abrité les 4 500 spectateurs venait d’Allemagne. Son acheminement a nécessité une dizaine de camions semi-remorques, son montage, 4 jours et 4 nuits. Sur le combat, j’avais plutôt vu Whitaker gagnant. Le résultat favorable à Ramirez ne fut pas scandaleux, mais assez surprenant.

Charles Biétry, ancien commentateur sur Canal +
À lépoque, Canal + diffusait beaucoup de combats de cette envergure. Celui-ci était très attendu, car il opposait les deux meilleurs légers du monde. Je me souviens d’un combat incroyablement technique, très difficile à juger. À la fin du combat, j’étais avec Whitaker dans le vestiaire. Il me dit : “Je viens à Paris pour me faire voler. T’es d’accord ? J’ai gagné ?”. Comme c’était quelqu’un de bien, on a pu discuter. Je lui ai répondu : “Non, pour moi, c’était plutôt un match nul”. Whitaker était un formidable technicien. On pouvait voir tout ce qu’il faisait, mais aussi tout ce qu’il ne faisait pas. Ce jour-là, le champion en titre, Ramirez n’a jamais cessé d’avancer. Il était toujours sur l’homme ! D’ailleurs, Jean-Claude Bouttier, qui commentait à mes côtés, avait aussi donné un nul !

Charles Bietry

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A propos de l'auteur

La Rédaction d'Info Levallois exerce au sein de la Direction de la Communication de la Ville de Levallois. Toute l'équipe a un seul objectif, vous informer tout au long de l'année de l'actualité levalloisienne, et ce, dans tous les domaines.

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