Maryse Hilsz

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Une aile dressée vers le ciel…

Il y a 70 ans, le 30 janvier 1946, décédait l’aviatrice levalloisienne Maryse Hilsz. Info Levallois revient sur le parcours de cette femme exceptionnelle qui a donné sa vie au monde de l’aéronautique jusqu’à en périr et qui repose au cimetière de Levallois.

Marie-Antoinette Hilsz est née à Levallois le 7 mars 1901. La famille Hilsz habite au 25 rue Victor-Hugo.
François Hilsz, le père, exerce le métier de tonnelier pour le compte du négociant en vins Valette, à Levallois. Ses parents et lui avaient quitté l’Alsace en 1870, après avoir opté pour la nationalité française.
Son épouse, Eugénie Letourneur, naît à Paris en 1868. De cette union naissent trois enfants, Reine, née à Paris le 28 février 1891, Paul, le 8 juillet 1897 et, donc, Marie-Antoinette le 7 mars 1901. Dix ans plus tard, la famille a déménagé au 99 rue Aristide-Briand (ancienne rue Gravel) et le 4 novembre 1911, l’aînée de la fratrie, Reine, se marie en l’Hôtel de Ville de Levallois. Devenu un ami, le distillateur Alexandre Valette est témoin de la mariée.
Quant à Marie-Antoinette, définitivement surnommé Maryse, son enfance semble avoir été turbulente. Garçon manqué, elle descend volontiers les étages sur la rampe des escaliers et elle restera plus tard un vrai casse-cou.

Élégance naturelle
HILSZ et Bolland012En 1921, Paul, le grand frère, est commis d’agent de change. Maryse devient apprentie dans la maison de confection Antoinette, à Levallois. Elle y apprend le métier de modiste et révèle un exceptionnel savoir-faire. L’élégance restera sa marque de fabrique.
Mais Maryse se passionne aussi d’aviation. Levallois est alors une ville où règnent les industries automobile et aéronautique. Des avions sortent des usines de Louis Blériot, des Frères Voisins et de Clément-Bayard. Des ateliers, s’échappent le bruit de moteurs à l’essai et l’odeur d’huile. Et cette ambiance particulière crée des vocations… C’est le cas pour Maryse qui se lie d’amitié avec des passionnés d’aviation et va avec eux sur les terrains admirer les prouesses de voltige et de vitesse.

Sauts en parachute
Le père, François Hilsz, décède à son domicile à Levallois le 26 février 1924. En ce jour de Pentecôte 1924, sur le terrain de Vincennes, un concours de saut en parachute est organisé pour les non initiés. Maryse Hilsz se présente à l’épreuve. La candidature de la jeune femme surprend tous les assistants, notamment en raison de sa frêle silhouette.
Mais la détermination de la jeune femme arrive à convaincre les organisateurs du meeting. Dès son premier saut, Maryse ne rate la cible que de quelques mètres. Elle renouvelle donc cette expérience et finit par pratiquer le saut acrobatique.
Maurice Pinat, alors directeur pour le développement de l’aviation, l’encourage dans la profession. Maryse saute beaucoup (jusqu’à s’abîmer lourdement les pieds !) dans des exhibitions, à 500 francs le saut, pour financer ses cours de pilotage, son salaire de modiste n’y suffisant pas.

La pilote en action
Enfin diplômée et après des liaisons entre Paris et Londres et Paris et Amsterdam, Maryse Hilsz se HILSZ 7Fi553019prépare à franchir de longues distances et ambitionne des records féminins d’altitude.
Elle décide de tenter le raid Paris- Saigon-Paris. Elle décolle du Bourget le 12 novembre 1930. Ce périple lui réserve beaucoup de mésaventures : atterrissages forcés et voyages à dos d’âne à Bouchir pour s’approvisionner en huile, hélice cassée à Istanbul… Elle atterrit finalement le 7 février 1931.
L’année suivante, Maryse Hilsz quitte le Bourget aux commandes d’un Farman 291 pour joindre Madagascar. Au bout de deux mois d’un raid de 24 000 km, elle arrive à Tananarive le 31 mars 1932. Cinq mois après, en août 1932, elle s’offre le record féminin d’altitude de 9 791 mètres à Villacoublay. Cela lui vaut la croix de chevalier de la Légion d’Honneur. Et notre aviatrice levalloisienne poursuit ses exploits.
Le 1er avril 1933, Maryse fait Paris-Tokyo en 15 jours. Elle renouvelle ce parcours l’hiver suivant, le 26 janvier 1934, par mauvais temps. L’intrépide bat son record du monde d’altitude sur un Morane à 11 800 mètres et, le 23 juin 1936, pulvérise la performance à 14 310 mètres.
En décembre 1937, elle bat le record du Monde du parcours pour pilote seul à bord par le vol Alexandrie-Saigon de 10 135 km en plus de 92 heures.

Passion amoureuse
Au début des années 1930, Maryse connaît une relation amoureuse avec André Salel, lui aussi un pilote d’exception. En effet, André Salel et Lucien Coupet, son moniteur et pilote d’essai, ont été les premiers à effectuer des vols uniquement aux instruments sans aucune visibilité.
D’origine modeste et fascinés tous les deux par l’aviation, Maryse Hilsz et André Salel vécurent une passion mais sans vouloir se marier afin que chacun poursuive sa carrière. Lorsque son compagnon se tue le 18 juin 1934 à Toussus-le-Noble lors d’un vol d’essai, Maryse fait ériger sur le lieu du drame une stèle à sa mémoire et à celle de son mécanicien, Roger Robin.

Retard français
Maryse Hilsz regrette que la France, depuis les années 1920, néglige son industrie aéronautique.
À l’arrivée au Bourget du Raid Istres- Damas-Paris, les avions français sont battus par des équipages italiens et britanniques. Maryse s’en émeut auprès de Jean Moulin, Chef de Cabinet de Pierre Cot, Ministre de l’Air. Elle exprime son indignation devant le retard de l’aéronautique française.
Le futur fondateur du Conseil National de la Résistance ne peut que subir poliment la colère de l’aviatrice. Cependant, en 1937, Pierre Cot la nomme au grade d’officier de la Légion d’Honneur.

Escadrille féminine
HILSZ  armée020Au début des années 1940, Maryse couvre un magasin de vêtements à Aix-en-Provence. En fait, sous cette couverture , elle participe à un réseau de Résistance. À la Libération, elle sera promue capitaine FFI.
En 1944, le Ministre de l’Air du gouvernement de la Libération formé par le général de Gaulle, propose de former une escadrille féminine dans l’Armée de l’Air. Maryse Hilsz intègre ce régiment avec Maryse Bastié et Élisabeth Boselli.
Leur formation nécessite des instructeurs de leur niveau. Maryse est nommée Lieutenant pour le Groupe de Liaisons Aériennes Militaires (GLAM). Le 30 janvier 1946, elle prend les commandes d’un Siebel 204 et décolle du Bourget pour Marignane. La météo est mauvaise depuis le Bourget. Maryse s’accroche aux commandes de son appareil. Au-dessus de Lyon, la tempête sévit sur Bourg-en- Bresse et l’avion est pris dans un orage qui lui fait perdre de l’altitude. Malgré une brève remontée, il explose. Ainsi périt Maryse Hilsz, le 30 janvier 1946.
Un hommage militaire lui est rendu dans la cour du Val-de-Grâce le 5 février avant qu’elle soit inhumée au cimetière de Levallois où elle repose avec son frère et ses parents (sa maman, demeurera au 99 rue Aristide-Briand, jusqu’à sa mort le 4 mars 1956, dix ans après sa fille).
Dans sa séance du 12 février 1948, le Conseil municipal de Levallois rebaptise un tronçon de la rue Lannois, rue Maryse-Hilsz et commande, le 14 juin 1954, un monument en mémoire de Maryse Hilsz au sculpteur Lagriffou.
Depuis 1958, l’oeuvre, qui représente une aile se dressant vers le ciel, est en place au milieu du Parc de la Planchette..

La Direction des Archives municipales

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A propos de l'auteur

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