Histoires de statues

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Au début du siècle dernier, la Ville de Levallois offrait aux regards de nombreuses statues. Certaines sont toujours présentes, dans les jardins de l’Hôtel de Ville ou dans le parc de la Planchette. D’autres ont bizarrement disparu durant la Seconde Guerre mondiale. Retour sur l’origine et la destinée de ces oeuvres.

AC92044_1Fi1766Lorsque l’Hôtel de Ville fut définitivement achevé vers 1910, la municipalité de Levallois obtint du département de la Seine, dont elle dépendait alors, la reproduction ou l’acquisition de sculptures pour son ornementation. Il en fut de même en 1927 pour agrémenter le parc de Planchette aménagé par l’architecte paysagiste Édouard André. L’ambition des maires successifs de la première moitié du XXsiècle, notamment celle de Louis Rouquier, était d’offrir à leur ville et à ses habitants des lieux publics agrémentés d’oeuvres d’art. Dans la Capitale où de nombreuses sculptures ornaient l’espace public, des oeuvres de la IIIème République honoraient notamment la mémoire des philosophes du siècle des Lumières et des révolutionnaires, fondateurs des valeurs républicaines.

Bacchus à l’Hôtel de Ville
Dans sa délibération du 15 novembre 1912, le Conseil Municipal de Levallois fait donc l’acquisition d’une reproduction de l’oeuvre de Charles Virion, Chiens de Police, primée au dernier Salon des Beaux Arts de Paris. Cette sculpture était destinée à la décoration du nouvel Hôtel de Ville.
Dans une lettre du 13 novembre 1908, la veuve de l’artiste s’engageait à rembourser à la Ville le montant de sa participation. Il en fut de même pour l’oeuvre du sculpteur Gaston Contesse, le Petit Dieu Bacchus. Acquise par le département de la Seine au Salon des artistes français de 1911, cette sculpture avait également été choisie pour la décoration de l’Hôtel de Ville. En avril 1913, le Conseil Municipal demande à en acquérir sa reproduction en marbre. Le cinquième du montant était à la charge de la commune.

L’Essor et l’Éveil dans les jardins
Les extérieurs de l’Hôtel de Ville ne furent pas oubliés. La Ville obtint en 1903 du Département AC92044_1Fi1764la reproduction de l’Essor, sculpture de Paul Chevré, rescapé du naufrage du Titanic, alors qu’il se rendait à Montréal. Cette belle statue trônait dans les jardins, à l’emplacement de la fontaine actuelle, du côté de la rue Voltaire. La Ville s’est également portée acquéreur, en 1912, de l’oeuvre d’Alexandre-Mathurin Pêche : l’Éveil ou le Silène ivre pour faire le pendant à l’Essor, du côté de la rue Aristide-Briand. Elle ne fut inaugurée qu’après la guerre, en 1919.
Enfin, c’est à Émile Derré que fut commandée, en 1911, la Bonne Louise représentant Louise Michel écoutée par une enfant, un chat ronronnant à ses pieds. Son inauguration eut lieu là encore après la guerre, en 1920. On la plaça près des espaces de jeu dédiés aux enfants du côté de la rue Aristide-Briand, une autre oeuvre, la Maternité , lui répondant du côté de la rue Voltaire.
Lorsque la Municipalité dirigée par Louis Rouquier créa le parc de la Planchette, son aménagement fut confié à l’architecte paysagiste Édouard André. Plusieurs oeuvres en bronze furent obtenues du Département pour agrémenter le parc.

Du lion aux naïades au parc de la Planchette
AC92044_1Fi1765Le 14 novembre 1926, on inaugura l’oeuvre d’Henri Amédée Fouques, la Fiancée du lion . Prêtée par la Ville de Paris, cette statue imposante en bronze représentait un lion couvrant de sa patte une femme allongée. Elle était posée sur le socle circulaire, toujours visible, à la pointe de la roseraie du parc. Paris avait également prêté l’oeuvre en bronze de Georges Lucien Vacossin représentant des Chiens de meute à l’attache .

Disparitions étonnantes
Sur le rocher surplombant la cascade et la pièce d’eau du parc, on trouvait les Naïades , une oeuvre de Gustave Michel (1851-1924), également prêtée par la Ville de Paris, pour l’inauguration du parc.
Enfin, le statuaire Paul Silvestre réalisa la sculpture en bronze Nymphe et Faunes pour l’ornementation du parc. Après s’être rendu sur place, Paul Silvestre s’est ému, dans une lettre adressée au Maire, que son oeuvre n’avait pas été respectée dans la disposition de ses figures. Pour ces oeuvres, des socles en pierre et ciment avaient été construits.
Certaines de ces statues ont disparu de nos jours. Que sont-elles devenues ? La raison la plus plausible de leur disparition est certainement leur fonte durant la Seconde Guerre mondiale. Le 11 octobre 1941 est promulguée la loi relative à l’enlèvement des statues et monuments “en vue de la refonte” .
Le même jour, le préfet de la Seine, Charles Magny, dans “un appel au sentiment de AC92044_1Fi1767solidarité nationale”  demande à la population de remettre les métaux non ferreux en leur possession pour les besoins industriels et agricoles du pays. Le 14 octobre, la liste des centres parisiens pour le dépôt par la population des objets métalliques est publiée. Ce prétexte économique était à l’évidence un moyen de servir les besoins industriels des Allemands dont les usines d’armement nécessitaient de la matière première. À partir du bronze fondu, on pouvait récupérer le cuivre.
L’enjeu était aussi politique. À Paris, cette campagne de fonte offrait aux autorités de Vichy l’occasion de supprimer dans la Capitale les figures tutélaires de la Révolution française et leurs principes d’égalité, peu en phase avec l’idéologie nazie. C’est ainsi que les sculptures représentant Voltaire, Jean- Jacques Rousseau, Diderot, Condorcet ou Marat furent déboulonnées et fondues. Émile Zola, honni pour avoir défendu le capitaine juif Alfred Dreyfus, Victor Hugo, premier européen convaincu, et François Arago, qui contribua à l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, tombèrent aussi de leur piédestal. Étrangement, à Levallois, la statue de Louise Michel, figure de la Commune, ne subira pas ce sort funeste ; l’avait-on cachée ? Aucune archive ne l’indique. Ou peut-être a-t-elle bénéficié de la mansuétude des ouvriers chargés de démonter la Fiancée du lion, les Chiens de meute à l’attache, l’Aveugle et le Paralytique  et Nymphe et Faunes,  ainsi que les Naïades !

Louis Rouquier dérobé
Plus tard, en 1954, le buste de Louis Rouquier, déjà sur son piédestal dans le parc, fut dérobé, dans l’indignation générale. Dans le bulletin municipal du mois de mai 1954, on évoquait “des méthodes dignes des autorités d’Occupation de 1939 à 1944” . Au Conseil Municipal du 17 avril 1957, on avait donc souhaité remettre des statues sur des socles nus. Aujourd’hui, hormis la Bonne Louise  et la Maternité , il ne reste que les statues en pierre de cette période. Même les vases en bronze qui se trouvaient dans les jardins de l’Hôtel de Ville ont été fondus…

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A propos de l'auteur

La Rédaction d'Info Levallois exerce au sein de la Direction de la Communication de la Ville de Levallois. Toute l'équipe a un seul objectif, vous informer tout au long de l'année de l'actualité levalloisienne, et ce, dans tous les domaines.

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