Danse

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Ces Pockemons là,
on ne les arrêtera pas !

L’une des compagnies phare de la danse hip hop mondiale, plusieurs fois championne du monde, la lyonnaise Pockemon Crew viendra époustoufler la Salle Ravel le 21 avril prochain avec sa nouvelle création #Hashtag. Entretien avec le directeur artistique et chorégraphe de la compagnie, Riyad Fghani.

Propos recueillis par Ingrid Roulot-Gamboa

Info Levallois : Vous êtes une des rares compagnies hip hop à vous être imposée aussi bien dans les battles (championnats sous forme de défi, champions du monde 2003 et 2006, champion d’Europe 2004, champions de France 2003 et 2008), que dans les théâtres, comment l’expliquez-vous ?
Riyad Fghani : Nous disposons, en effet, d’un parcours unique en France. Avoir quasiment remporté tous les grands battles de la planète et pouvoir enchaîner parallèlement sur les scènes de théâtres en proposant de la création artistique de manière régulière est un sentiment particulier. Les battles ont été nécessaires et importants pour nous dans l’accès aux scènes de théâtres. C’est la configuration d’une époque, il y a presque quinze ans, peu de groupes étaient dans cet état d’esprit de développer un projet autour de la création artistique. Aujourd’hui, devant la multitude de groupes et de compagnies dans cette veine, le chemin est plus complexe. La renommée, la longévité et nos victoires ont facilité ce passage d’un milieu à l’autre.

D’où vient ce nom inattendu pour une compagnie hip hop, Pockemons ?
Avez-vous dû rendre des comptes à la société japonaise propriétaire du nom ?
Cela vient d’un délire entre nous, nous étions ados. On ne se prenait pas au sérieux. Notre philosophie, danser pour soi, c’est donner aux autres. On aspirait à prendre un nom qui sorte un peu des noms classiques ou représentatifs de son quartier. Et sur le plan juridique, nous disposons d’une clause de confidentialité qui nous empêche de nous étendre sur le sujet, mais là-dessus il n’y a aucun problème !

Comment l’Opéra de Lyon a-t-il
commencé à s’intéresser à vous ?
Historiquement, les danseurs hip hop lyonnais s’entraînent sur le parvis de L’Opéra. En 2003, juste avant le championnat de France que nous préparions d’arrache-pied, la direction m’a informé que l’Opéra avait le projet d’ouvrir une terrasse d’été sur ce même parvis. Nous avons négocié et finalement trouvé un accord avec le directeur. Nous avons disposé du studio de l’Opéra pour nous entraîner pendant dix ans. Malheureusement, cette ouverture a ses limites. La danse hip hop ne fait plus partie des priorités de l’Opéra de Lyon…

Vous avez participé au plus grand
show télévisé du monde, le Super Bowl, aux côtés de Madonna.
Comment cela s’est-il produit ?
Tout est arrivé par le biais de la relation de Brahim Zaibat, membre de notre équipe et de Madonna. C’est ainsi que les lyonnais Pockemons ont été intégré à ce projet de show au Superbowl. Cela n’a pas été évident par la suite car nous avons subi jalousies et convoitises dans le milieu de la danse. Remporter les grands battles et l’effet Madonna a fait jaser…

Brahim Zaibat, qui est désormais
une star grand public, fait-il toujours partie de la compagnie ?
Quels sont vos liens avec lui aujourd’hui ?
Brahim a une nouvelle vie et même s’il ne fait plus partie de la compagnie, il reste toujours un Pockemon Crew de cœur. Certains danseurs du crew ont encore des liens avec lui. Personnellement, je n’en ai plus. Aujourd’hui, il a de nouveaux projets et c’est super pour lui.

Alors qu’elle existe en France,
depuis presque 35 ans, où en est la danse hip hop aujourd’hui ?
La danse hip hop est devenu un art incontournable en France, que ce soit sur les scènes de théâtres, les plateaux télévisés, la publicité, l’évènementiel, les comédies musicales… Les danseurs français sont encore et toujours parmi les meilleurs du monde ! Cette danse jeune a besoin de se fixer de manière plus significative au sein de l’institution. Je ne parle pas de Diplôme d’État permettant aux danseurs d’enseigner, mais de lieux où cet art pourrait s’épanouir d’autant plus. On a quelques exemples significatifs comme les danseurs hip hop Mourad Merzouki, directeur de la compagnie Käfig et nommé directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil (NDLR : déjà programmé deux fois en Salle Ravel) ou encore Kader Attou, directeur artistique de la compagnie Accrorap et directeur du CCN de La Rochelle. On est, sur ce point, sur la bonne voie. Il ne faut pas que cela soit ressenti comme un effet placebo.

Cette danse de rue à l’origine, se
danse-t-elle encore dans la rue ?
Oui, nous sommes toujours connectés avec la rue. Les danseurs ont leurs habitudes et ont ce besoin de conserver cette énergie particulière. Oui, cette danse vient de la rue, mais je pense qu’on ne peut pas vivre de sa danse en restant dans la rue ! Underground, mais jusqu’à quel point ? Pour faire du bon travail, il faut disposer de bons outils. La rue a ses limites, très précisément là. La compagnie danse encore souvent dans la rue, mais ce n’est pas une fierté après vingt ans d’existence et un très bon palmarès…

Avec votre nouvelle création
#Hashtag, vous vous inscrivez dans l’air du temps. Quels sont les messages de cette pièce ?
C’est un thème incontournable. Les danseurs sont parmi les premiers concernés, les vidéos et les réseaux sociaux sont essentiels pour eux, pour leur image. On en discute souvent, ils sont sensibles à ce phénomène. À travers cette création, je souhaitais interroger ma danse sur les effets que le monde d’Internet pouvait avoir sur nous. Cette invasion à la fois de messages, de spams, de sms, de courriels, de compte de messagerie instantanée, où tout cela va-t-il nous mener ? Les gens n’ont jamais été aussi proches les uns des autres grâce à toutes ces technologies, mais pour autant le sommes-nous réellement les yeux rivés sur nos écrans ? Le virtuel inonde notre quotidien, mais à quel prix ? Voilà ce que #Hashtag questionne.

#Hashtag
Par la Cie Pockemon Crew
Vendredi 21 avril à 20h30
Salle Ravel
33 rue Gabriel-Péri
01 47 15 76 76
Tarifs : 20 € et 15 € (TR)

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A propos de l'auteur

La Rédaction d'Info Levallois exerce au sein de la Direction de la Communication de la Ville de Levallois. Toute l'équipe a un seul objectif, vous informer tout au long de l'année de l'actualité levalloisienne, et ce, dans tous les domaines.

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