Conseiller municipal à Levallois…

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Gustave Eiffel, cet homme politique !

Gustave Eiffel, dont la renommée mondiale est à jamais liée à sa Tour, tout droit sortie de ses ateliers levalloisiens, fut également, on le sait moins, Conseiller municipal de Levallois. Le célèbre industriel a nourri en son temps quelques ambitions politiques qui, cependant, s’avérèrent peu compatibles avec sa passion dévorante pour la recherche scientifique et l’innovation industrielle.


EiffelL
’histoire commence avec celle d’un homme d’ambitions. À partir de 1845, le Village Levallois est créé par Nicolas Levallois, un marchand de vin gagné par les idées bonapartistes. Il assure la promotion de la vente des terrains de Léon Noël et d’autres grands propriétaires et imagine l’urbanisme de la nouvelle cité, constituée de rues à angles droits qui représentent encore le Levallois d’aujourd’hui.
Ce Village, dont la population croît rapidement, dès sa création par-delà les fortifications, est propice à l’installation de sites industriels sur ses vastes terrains encore non bâtis. En 1867, la commune de Levallois-Perret est créée par Napoléon III.
Dans le même temps, les industriels s’installent dans cette agglomération, attirés par les conditions qui leur sont proposées, notamment le prix préférentiel des terrains, les taxes d’octroi et les débouchés sur l’Ouest parisien.
L’implantation de ces industries fait venir une forte population ouvrière à Levallois, tandis que la chute du Second Empire voit se développer dans la ville les idées républicaines, au rythme de son développement démographique.
Au Conseil municipal de la jeune commune siègent ainsi certains de ces chefs d’entreprises.

Gustave Eiffel libre penseur
C’est dans ce contexte que Gustave Eiffel, qui a installé ses usines à Levallois, est élu au AC92044_1Fi1626Conseil municipal de Levallois le 30 août 1870, son futur beau-frère, le second mari de sa soeur Marie, le docteur Albert Henocque, y siégeant déjà.
Les rapports de Police de l’époque relatent que Gustave Eiffel organise dans ses ateliers depuis l’Empire les réunions politiques des radicaux de Levallois, le taxant même d’être un communard. Il est accusé de véhiculer des “opinions radicales” et d’exercer une grande influence sur nombre de ses ouvriers.
Effectivement, le 12 mai 1869, dans ses Ateliers au 29 rue Fazillau, les républicains se donnent rendez-vous pour écouter Jules Simon, le candidat aux élections législatives des 7 et 14 juin 1869.

Aspirations démocratiques
À cette occasion, on pousse les établis et les machines contre les murs pour accueillir près de 2 000 participants. Eiffel partage les idées républicaines, libérales et sociales du futur président du Conseil et lui apporte son soutien dans la France du Second Empire qui voit s’essouffler un régime qui cède de plus en plus de terrain aux aspirations démocratiques.
AC92044_1Fi1602Il apprécie la tolérance et l’humanisme de Simon, et refuse comme lui tout extrémisme politique. On lui prête d’avoir défendu “les abus que commettaient journellement les communards”.

Eiffel soutient Trébois
Comme souvent, les appréciations de la police ne correspondent pas tout à fait à la réalité.
Eiffel n’a pas du tout adhéré à la Commune de Paris et condamnait les exactions des insurgés.
Lorsque Jean-François Trébois se présente à Levallois en 1878, Gustave Eiffel lui apporte son soutien et se lie d’amitié avec lui. C’est sous la municipalité de ce libre-penseur, fondateur de plusieurs titres de journaux, que le Conseil municipal, farouchement républicain, rentre dans un combat anticlérical, dans cette ville encore sous l’influence de Napoléon III.
On tourne la page d’une époque influencée par l’activité d’un Nicolas Levallois “sorti toutAC92044_1Fi1613 droit de la sacristie des Bonaparte”. On rebaptise les rues et les places de la ville par des noms évoquant la République. On refuse de soutenir des écoles confessionnelles et on projette la construction de groupes scolaires pour que “l’enseignement obligatoire” soit dispensé aux enfants de la ville.

Levallois se développe
La ville est dotée d’équipements publics pour mieux accueillir les nouvelles entreprises et cette population ouvrière.
Eiffel participe activement à tous ces projets et à la bataille pour les valeurs laïques et républicaines en défendant les idées et les ambitions de Trébois pour sa commune.
Les radicaux socialistes, eux, s’opposent à Trébois et s’en prennent du même coup à Eiffel, ce qui l’empêche de se faire élire Adjoint au Maire, malgré ses qualités de gestionnaire et la modération de ses engagements politiques. Le brillant industriel serait-il politiquement trop tendre, lui qui s’estimait par ailleurs piètre orateur, ce qui est un handicap à l’époque de AC92044_1Fi1596l’éloquence républicaine et des discours fleuves.

Eiffel battu aux cantonales
Néanmoins, les services de Police, toujours eux, notent, en 1877, que Gustave Eiffel “exerce une certaine influence sur les électeurs de Levallois”, et pensent qu’il peut briguer la députation.
Pourtant, le 4 octobre 1882, Eiffel démissionne du Conseil municipal pour mieux se consacrer à son entreprise.
Il se présente cependant aux élections cantonales de 1884. La Gazette de Neuilly et de Courbevoie mène une campagne véhémente contre Trébois et lui tout en soutenant Allaire, un industriel comme Eiffel, finalement élu avec les voix de Neuilly.
Gustave Eiffel est battu. Pourtant, son programme est ouvert sur les questions de société, comme le droit au divorce.
Cette défaite aux cantonales a-t-elle sonné le glas de ses ambitions politiques et surtout de son goût pour la chose publique ? Peut-être.

L’industrie avant tout
Si Eiffel a bénéficié, durant sa carrière d’industriel, de soutiens politiques, son métier AC92044_1Fi1589d’ingénieur reste à jamais sa première passion.
À la suite du scandale de Panama, où il apporte la preuve de sa probité, le père de la Tour la plus célèbre du monde se consacrera définitivement à la recherche scientifique en aérodynamisme, en météorologie et à la transmission par ondes hertziennes, ce qui lui permettra d’ailleurs de sauver sa Tour promise à la démolition.
La politique n’a pas complètement adopté Gustave Eiffel, mais l’industrie y a gagné un ingénieur de génie qui a donné à la France son emblème le plus connu au monde…

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A propos de l'auteur

La Rédaction d'Info Levallois exerce au sein de la Direction de la Communication de la Ville de Levallois. Toute l'équipe a un seul objectif, vous informer tout au long de l'année de l'actualité levalloisienne, et ce, dans tous les domaines.

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