Interview

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Johnny, notre ami…

Ils étaient amis de longue date. Ils ont tous partagé de nombreux moments d’intimité avec Johnny Hallyday. Avec beaucoup de tendresse et d’émotions, le Maire, Patrick Balkany, son épouse Isabelle, Daniel Angeli, son photographe officiel et Pierre Billon, musicien et auteur compositeur, racontent leur  Johnny. Interview croisée à retrouver en intégralité en vidéo lors de l’exposition, mais également sur la page Facebook de la Ville de Levallois et sur la chaîne Levallois TV sur Youtube.
Propos recueillis par Ingrid Roulot-Gamboa et Valentin Marsal.
Coordination éditoriale Romuald Hambert.

IL : Quelle image aviez-vous de Johnny avant de le connaître ?
Daniel Angeli : J’étais paparazzi à l’époque et je le photographiais à Saint-Tropez. J’ai d’ailleurs eu quelques problèmes certaines fois par rapport à ça, donc l’image que j’avais, c’était pour moi un personnage qui faisait partie de mes sujets. C’était quelqu’un qui m’intimidait face-à-face avec lui.

Pierre Billon : J’écoutais sa musique parce qu’en famille tout le monde était très branché sur Johnny, j’ai la chance d’avoir dans ma famille Jean-Marie et Anne-Marie Perrier et systématiquement on était branchés à mort là-dessus.

IL : Racontez-nous votre première rencontre avec Johnny…
Patrick Balkany : Je l’ai connu à 15 ans, au Golf-Drouot, il en avait 20 ans, il grattait la guitare, il chantait et il se roulait par terre, on est devenus potes, on l’est restés toute notre vie.

Isabelle Balkany : La date, 1968. Je suis embauchée à Europe 1 comme Directeur de la Communication et je suis chargée de la promotion des émissions de la station et des chanteurs qui y participent. Et, je rencontre Johnny parmi beaucoup d’autres chanteurs, car c’était la grande époque de l’émission Salut les Copains.

Pierre Billon : La première fois que j’ai travaillé pour Johnny, c’était pour le show des Carpentier. Ils me demandent de faire une chanson pour Johnny et pour une femme du Crazy Horse Saloon qui s’appelait Rosa Fumeto. Ça se passait dans un saloon, Johnny rencontrait cette jeune femme et il fallait faire une chanson là-dessus. Et la première chanson sérieuse que j’ai faite avec Johnny s’appelait Le coeur en deux.

Daniel Angeli : Je faisais des saisons à l’époque, l’été à Saint- Tropez, l’hiver à Gstaad, et un jour, il vient passer Noël à Gstaad. Je le vois assis à une terrasse avec Laeticia et Laura, j’étais avec ma femme à l’époque, la mère de mes fils et je lui demande un rendez-vous. Et il me dit non. Je lui dis “Je suis malheureux” et il m’a répondu “On est tous malheureux un jour”. Pendant ce temps là, nos deux femmes se parlaient, elles se sont échangées leurs  téléphones et le lendemain je reçois un coup de fil impressionnant.
Johnny me dit, “Je veux que tu viennes faire des photos, je vais faire du ski” . Toute cette histoire a commencé là. Après ce rendez-vous, il m’a dit qu’il allait tourner un clip à New York et m’a proposé de venir avec lui. Je suis parti avec lui et on ne s’est pas quittés pendant 17 ans.

IL : Quel est votre plus beau souvenir avec Johnny ?
Daniel Angeli : Il y en a plein : il y avait la scène, le chanteur, il y avait l’acteur, les rallyes automobiles, on a fait le Paris-Dakar ensemble, j’étais dans la voiture suiveuse avec son garde du corps, les anniversaires, Saint-Barth…

Pierre Billon : Le travail évidemment, c’était fantastique, la première fois que je l’ai entendu chanter J’ai oublié de vivre (NDLR : paroles écrites par Pierre Billon), c’était un truc de malade, on avait mis un voix témoin dessus, d’un seul coup il s’est mis à la chanter et, là , tu es dans le studio tu écoutes ça, c’est le plus cadeau artistique. Mais dans la vie, la majeure partie du temps, les meilleurs souvenirs, ce sont les voyages qu’on a faits ensemble. Je connaissais bien l’Amérique, mais quand Johnny a eu l’idée de partir de Miami jusqu’à Los Angeles, en plein hiver, ça fait partie des plus beaux souvenirs avec lui. 

Isabelle Balkany : J’en n’ai pas de plus beau, j’en ai beaucoup de beaux. Ce sont surtout des souvenirs d’intimité familiale, amicale.
On a passé nos vacances ensemble, on a 200 000 fois fait des bouffes de copains. Johnny était là à notre mariage. Finalement, il avait deux potes qui se mariaient, donc c’était plutôt sympathique pour lui et il a fait partie de toute notre vie. 

Patrick Balkany : J’ai surtout des souvenirs de la vie, à la fois ceux qu’on peut raconter, et ceux qu’on ne peut pas raconter…(sourire).

IL : On dit souvent que Johnny était un grand timide, est-ce vrai ?
Patrick Balkany : C’est vrai que c’était un timide, depuis toujours. Toute sa vie, il a eu du mal. Par contre, quand on était proches, dans l’intimité, au contraire, il aimait s’exprimer, parler de tout, échanger.

Isabelle Balkany : C’est très drôle, car c’est un homme de paradoxes, mais c’est ce qui faisait son charme incroyable, c’est qu’il était très timide, il était même quelquefois pudique, à la limite de la pruderie, alors que par ailleurs, il pouvait être totalement extraverti et se lâcher complètement. Donc c’était un homme paradoxal et contradictoire. 

Pierre Billon : Je vous confirme qu’il était timide. Une fois, on devait rencontrer Élia Kazan dont il était fou. Il avait son livre dans la poche et il n’a pas osé le faire dédicacer. Alors que c’était quand même Johnny Hallyday !

Daniel Angeli : Oui en effet, très timide et très simple, d’une simplicité incroyable par rapport à ce qu’il représentait pour les gens.

IL : Quelle était sa plus grande qualité ?
Patrick Balkany : Je pense que c’est sa fidélité en amitié.

Pierre Billon : Son incroyable volonté sur scène. Humainement, il avait la qualité de s’occuper de ses amis, il était fier quand ses amis réussissaient.

Isabelle Balkany : C’était un homme attachant, on a beaucoup ri avec lui, il était drôle, il avait de l’humour, alors souvent il était dans l’excès, mais des qualités il en avait beaucoup.

Daniel Angeli : La générosité je pense. Dans la vie, mais aussi par rapport à son public. Il m’a souvent dit qu’il avait chanté pour leur faire plaisir.

IL : Et son plus grand défaut ?

Daniel Angeli : La mauvaise foi. D’ailleurs il m’a souvent dit, “Tu vois, Daniel, la mauvaise foi, c’est moi qui l’ai inventée !”

Patrick Balkany : Il a inventé la mauvaise foi ! Mais il adorait aussi raconter des cracks, par exemple, dans un couple, histoire de faire monter l’un contre l’autre, ça faisait monter la mayonnaise très vite et après, il disait : “Mais non, tout cela, c’était des bêtises…” Et puis, il n’aimait pas dormir la nuit. Alors, il regardait des films et, entre deux films, il vous appelait au téléphone. Il adorait appeler ses potes vers 4 heures du matin. Il vous parlait comme s’il était 10 h du matin. Et quand on lui disait “je dors”, il demandait “Mais pourquoi tu dors ?” Par contre, il ne fallait pas l’appeler à 11 h quand lui dormait !

Pierre Billon : Il pouvait être embrouilleur, souvent par jeu au début, mais ça pouvait t’inquiéter quand même. Il pouvait te réveiller en pleine nuit, pour te dire qu’il venait d’avoir un gros accident de bagnole, qu’il était en prison, qu’il avait tué trois personnes, donc tu t’inquiétais et puis il désamorçait l’affaire, mais quatre ou six heures plus tard. Il m’appelait en pleine nuit, pour me dire “Je ne te réveille pas ?” Je lui disais “Non, j’étais en train de danser”. Alors, le lendemain, il disait “Il est bizarre Billon, la nuit, il danse !”

Isabelle Balkany : Des défauts il en avait des tonnes, mais ça faisait partie de sa personnalité globale, et c’est ce qui le rendait attachant. S’il avait été lisse et uniforme, ça n’aurait pas été Johnny.

IL : Comment résumeriez-vous Johnny en trois objets ?
Patrick Balkany : Une guitare, une belle voiture et une Harley Davidson.

Pierre Billon : Une tête de mort (il montre sa bague ornée d’une tête de mort à son doigt), les guitares, elles ont fait partie de sa vie, il n’y a pas un moment où il n’avait pas besoin du contact avec le bois des guitares, sur scène, dans la vie, partout où il habitait. Les objets de cuisine c’était aussi important. Car il aimait les plats que lui faisait Laeticia, qu’il mangeait d’une façon particulière, comme moi, avec du piment de partout. 

Daniel Angeli : Un couteau, ça faisait partie de sa collection, des sauces, car il adorait ça. Et des boots. J’ai souvent fait des images en concert de ses boots, qui seront d’ailleurs dans l’expo, car il avait toujours des chaussures formidables.

IL : Si vous deviez ne choisir qu’une seule chanson de Johnny, laquelle choisiriez-vous ?
Patrick Balkany : Il y a tellement de belles chansons. Si je prends les premières, par exemple, cette magnifique chanson de Charles Aznavour, Retiens la nuit.

Pierre Billon : Oh je crois que Johnny c’est Que je t’aime. Une chanson de Gilles Thibault et de Jean Renard. C’est la première chanson interactive, où il a fait chanter le public. Que je t’aime, c’est la Maladie d’amour de Sardou. Donc, elle n’était pas conçue pour ça. Mais il a inventé la chanson interactive.

Isabelle Balkany : Bonne question… (Elle réfléchit…) Peut-être quand même Allumer le feu, car je la trouve extraordinaire.

IL : Et s’il n’avait pas été chanteur ?
Patrick Balkany : C’est ce qu’on appelle un enfant de la balle. Il a toujours été sur scène, tout gamin. Je ne sais pas, il serait devenu danseur, comédien, régisseur, il aurait peut-être été derrière la scène, éclairagiste, ingénieur du son, pourquoi pas ? Je ne le vois pas ailleurs que sur une scène.

Daniel Angeli : Il me l’a souvent dit : “J’aurais préféré être acteur”. Il avait une passion pour le cinéma, et d’ailleurs il a fait beaucoup de films.

Pierre Billon : Comédien. Il aurait fait quelque chose dans l’artistique. Bon, il n’aurait pas été dessinateur, mais musicien, même guitariste classique. Ça lui plaisait ce truc-là. Il aurait pu être certainement pilote automobile, mais il aurait cassé tellement de bagnoles qu’au bout d’un moment il n’aurait PLUS eu de contrat…

IL : Comment apprivoiser son absence ?
Isabelle Balkany : On n’apprivoise jamais l’absence des gens qu’on a aimés, de ses parents, d’un être cher… Johnny faisait partie de notre vie, de ma vie, on vit sans, ou avec, comme vous voulez. Mais avec lui, ce qui est magique, c’est que l’on a quand même la musique.

Patrick Balkany : Malheureusement, on arrive aussi à un âge où l’on voit ses meilleurs amis partir. On se dit qu’on partira soi-même un jour.

Daniel Angeli : On ne l’apprivoise pas, pour moi il n’est pas mort. Il est toujours là. Je ne m’habitue pas au fait qu’il ait disparu.

Pierre Billon : Tu tentes d’oublier qu’il est parti, même si je sais qu’il est parti, j’en suis conscient. Mais j’essaye de faire le plus de choses possibles, pour sa mémoire, pour qu’elle soit dignement transportée, pour que le fil rouge reste. Et dès qu’il est parti, je me suis fait tatouer tout de suite (Il montre son bras gauche) Farewell brother. (Adieu frère). Et il aurait fait la même chose si c’est moi qui était parti. Mais il aurait fait le tatouage beaucoup plus gros, à Los Angeles, car il faisait tout beaucoup plus gros…

IL : Et si vous aviez une dernière phrase à lui dire ? 
Isabelle Balkany : Tu me manques, mon vieux ! J’ai hâte de te retrouver !

Pierre Billon : Salut mon pote, à bientôt. Le paradis est plein, reviens.

Patrick Balkany : Qu’il me manque beaucoup. Beaucoup. Mais on se reverra un jour !

Daniel Angeli : Salut mon pote.

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A propos de l'auteur

La Rédaction d'Info Levallois exerce au sein de la Direction de la Communication de la Ville de Levallois. Toute l'équipe a un seul objectif, vous informer tout au long de l'année de l'actualité levalloisienne, et ce, dans tous les domaines.

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