1914-1918

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La Maternité ouvrière

Voici un épisode peu connu de la Grande Guerre, à savoir l’inauguration d’une Maternité ouvrière à Levallois en 1917. Une initiative qui a servi de modèle, car la mobilisation des femmes dans l’effort de guerre est un élément clé pour comprendre comment “l’arrière a soutenu le Front”.
Par la Direction des Archives municipales

La guerre entraîne des conséquences souvent imprévisibles et, dans le combat pour l’égalité hommes-femmes, la Grande Guerre a permis des avancées.
À l’hiver 1914, il faut se rendre à l’évidence. La guerre ne sera pas une simple et courte promenade. Le front de l’Ouest s’étend de la Mer du Nord à la frontière suisse.
Les hommes sont mobilisés et envoyés pour la plupart dans les zones de guerre. Dans les familles, l’absence du père et du mari fige la société, les femmes étant alors considérées, d’un point de vue juridique, comme des mineurs.
Quasiment rien ne leur était autorisé sans l’accord de leur époux. Et pourtant, que de décisions cruciales pour le foyer doivent être prises ! En 1915, léger progrès, puisque les femmes disposent désormais de l’autorité parentale et des droits attachés à leur mari durant son absence. Dans le même temps, l’économie est désorganisée et, pour pallier l’absence de main-d’œuvre masculine aux champs et dans les usines, le Président de la République en appelle aux femmes.

Les munitionnettes, emblème des ouvrières
La Première Guerre mondiale va donc enfin légitimer le travail des femmes, devenu un élément essentiel de l’effort de guerre. Mais, cette émancipation a aussi un coût humain. Les femmes exercent des activités dangereuses et pénibles. C’est le cas à Levallois avec, par exemple, la reconversion de l’usine Clément-Bayard en usine d’armement où les ouvrières sont surnommées les munitionnettes.
Parallèlement, les pouvoirs publics craignent de voir que la dénatalité croisse et des mesures sont prises pour concilier les obligations familiales et professionnelles.
C’est ainsi que voit le jour la Maternité ouvrière de Levallois une initiative d’un groupe d’industriels de Levallois et de Neuilly, soutenus par les Dames de la Croix Rouge et Albert Thomas, ministre de l’Armement et des fabrications de guerre. L’objectif est de créer et d’organiser une maternité réservée aux enfants des femmes travaillant dans leurs usines. Une association est fondée sous l’intitulé Maternité ouvrière de Levallois et Neuilly. Elle compte plus de deux cents membres. Le Conseil municipal de Levallois vote lors de sa séance du 10 août 1917 une subvention de 1 000 francs afin d’encourager cette initiative.

Trois bâtiments

La création de la maternité est confiée à l’architecte de l’École Normale Supérieure de Sèvres, François Le Cœur. Il est classé parmi les architectes rationalistes. Durant la guerre, il est chargé par le Ministère de l’Armement de missions concernant les bâtiments, les machines et les usines intéressant la Défense nationale. C’est à ce titre qu’il conçoit cette maternité.
Trois bâtiments légers sont édifiés sur un terrain de 1913 m², le long du quai Charles-Pasqua actuel. Le chantier de construction aura duré trois mois pour un coût de 235 000 francs. La décoration intérieure est confiée à l’artiste peintre et illustrateur jeunesse, André Hellé. Son œuvre se présente sous la forme d’une série de médaillons muraux. Les thèmes sont variés, comme la chimie, la musique, la danse, l’histoire et l’astronomie, la couture, le repas, le jeu, le marché et la lecture, le cheval de bois, la ménagerie, la poupée, Guignol et les ballons…
Les bâtiments sont inaugurés le mardi 23 octobre 1917 en la présence d’Albert Thomas, de Louis Loucher, sous-secrétaire d’État à l’Artillerie et aux Munitions et de Paul Strauss, Sénateur de la Seine et Président de la Ligue contre la mortalité infantile.
La maternité comprend une crèche pouvant accueillir vingt bébés et deux garderies pouvant recevoir cent enfants. À partir de janvier 1919, le comité de la Maternité ouvrière se rapproche de la Municipalité pour une passation de l’œuvre à la Ville. Sur proposition du Maire, une commission est formée afin d’établir un rapport sur la faisabilité du projet et une présentation au Conseil municipal. La commission composée d’élus visite les lieux courant avril.

L’après-guerre

Le projet soulève plusieurs difficultés. Sur le plan financier, le loyer du terrain en location se monte à 7 652 francs par an, assorti d’une promesse de vente au prix de 191 300 francs avant le 1er avril 1923. Sur le plan technique, la disposition des bâtiments les rend difficile à chauffer. De plus, la légèreté des constructions nécessite un entretien permanent et la moyenne des enfants admis n’est que de 37. En parallèle, la Municipalité étudie le projet de transformer l’un des immeubles en clinique médicale scolaire dans le but d’obtenir des subventions de la part de l’État. Mais, finalement, le projet de transfert est abandonné à la suite de la décision des industriels de conserver l’établissement en réorganisant son fonctionnement.

NDLR : Un grand merci aux Archives
municipales de la Ville de Saint-Étienne pour les illustrations de cet article, retrouvées mystérieusement dans leur fonds documentaire et qu’ils ont aimablement fait parvenir à leurs collègues levalloisiens. Malheureusement, l’histoire n’explique pas pourquoi ces photos ont atterri dans cette célèbre ville de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, tout de même située à plus de 550 kilomètres de Levallois !

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A propos de l'auteur

La Rédaction d'Info Levallois exerce au sein de la Direction de la Communication de la Ville de Levallois. Toute l'équipe a un seul objectif, vous informer tout au long de l'année de l'actualité levalloisienne, et ce, dans tous les domaines.

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